PARC MARIN DU SAGUENAY - SAINT-LAURENT
CACOUNA, PÔLE DE DÉCOUVERTE INCONTOURNABLE
OÙ NATURE ET HISTOIRE SE RENCONTRENT
Mémoire présenté par Yvan Roy, Cacouna, dans le cadre de la consultation du printemps 2008 sur la révision du plan directeur à l'occasion des 10 ans du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.
Je dépose ce mémoire pour l'inclusion de Cacouna comme pôle de découverte tout d'abord à titre de coordonnateur de la Campagne d'adoption du béluga de la région de Rivière-du-Loup (1989-1992) où près de 2000 supporteurs ont contribué à l'adoption de ONDINE, une femelle béluga fréquentant les eaux de l'Estuaire.
Pour justifier mon intervention, je m'appuie également sur trente années d'implication dans la préservation de l'environnement (au sein du Conseil régional de l’Environnement de l’Est du Québec (CREEQ) - 1977-1984 - à titre d'administrateur puis de président, au sein du Comité de Recherche et d’Intervention en Environnement (CRIE) du Grand-Portage - années 70-80-90 - et de l'UQCN, dont je suis un des membres fondateurs). Je suis aussi responsable et coordonnateur (bénévole) du Journal EPIK de Cacouna, journal commu-nautaire d'information et d'expression locale, depuis sa fondation en 1974.
Ma présentation, loin de se prétendre exhaustive, veut attirer votre attention sur certains points d'intérêts convergents qui devraient faire de Cacouna un pôle de découverte privilégié pour la mise en valeur du Parc marin Saguenay - Saint-Laurent.
Chaque point d'intérêt mentionné représente un angle d'attaque, un point de vue qui a déjà été mis en valeur, a déjà été identifié ou mériterait de l'être. Les documents d'accompagnement du mémoire les présentent plus en détail. Ce que je veux surtout mettre en évidence, c'est que ces différentes facettes se renforcent l'une l'autre, se complètent pour démontrer qu’à Cacouna, Nature et Histoire se rencontrent.
1- CACOUNA, AU COEUR DE 5 ÉCOSYSTÈMES PROTÉGÉS
Du sommet de la montagne de Gros-Cacouna, où nous conduit un sentier aménagé, on peut contempler, à moins de 10km, toute l'étendue du Parc Marin Saguenay Saint-Laurent, notre vue s'étendant des Îles Pèlerins, à l'ouest, jusqu'à l'Île Verte, à l'est, en balayant l'Île aux Lièvres (et du Pot à l'Eau-de-Vie), l'Île Blanche, l'Île Rouge de même que l'entrée du Saguenay, Baie-Ste-Catherine et Tadoussac, sans oublier le battement lumineux des phares et, ici et là, les apparitions toujours attendues de la faune marine.
À environ 6km à l'ouest, se profile la Réserve nationale de Faune des îles de l'Estuaire, créée en 1986 pour protéger les sites de nidification importants pour les oiseaux migra-teurs, en particulier pour les oiseaux marins coloniaux et comprenant l'Île Blanche, l'Île du Pot à l'Eau-de-Vie, l'Île aux Fraises et l'Île du Long Pèlerin.
À 8km à l'est, on aperçoit une partie de la Réserve nationale de Faune de la Baie de l'Isle-Verte. Créée en 1980, elle protège le plus imposant marais à spartine de l'estuaire du Saint-Laurent et possède, depuis le 27 mai 1987, le statut de site Ramsar.
Sous nos pieds et s'étendant vers le sud, le Marais de Cacouna créé en 1995. Classé 3e meilleur site pour l'observation des oiseaux au Québec. Deux tours d'observation et une cache. Sentiers de randonnée pédestre de niveau facile (3km) et intermédiaire (4km). Un stationnement y est aménagé avec plusieurs panneaux d'interprétation.
Enfin, sur toute cette partie de la rive sud du fleuve, adjacente au Parc marin, devant s'étendre de St-Roch-des-Aulnaies à Métis-sur-Mer, Pêches et Océans, en vertu de la loi sur les océans, projette d'établir une nouvelle Zone de protection marine (ZPM).
De Cacouna, notre regard englobe donc 5 écosystèmes protégés révélant une diversité biologique exceptionnelle et représentant un énorme potentiel de découvertes. 2- CACOUNA: UN MILIEU AUX MULTIPLES HABITATS
À lui seul, Gros-Cacouna recèle des habitats d'une rare diversité abritant chacun des espèces fragiles et menacées.
Marais salants, étang, lac, champs, forêt, falaises, rivage, large, îlot, zone habitée: tous ces milieux se retrouvent dans l'environnement immédiat de Gros-Cacouna.
Le Râle jaune, sur la liste des espèces en péril au Québec; le Guillemot à miroir: unique colonie à nicher sur la côte en amont des falaises de la péninsule gaspésienne; le Faucon pèlerin a fréquemment été vu dans la zone dynamitée de Gros-Cacouna; et combien d'autres...
L'Éperlan arc-en ciel, le phoque commun et le béluga sont quelques-unes des autres espèces protégées fréquentant aussi le secteur de Gros-Cacouna.
3- CACOUNA: UNE HISTOIRE DE PRÉSENCE AUTOCHTONE MILLÉNAIRE
Cacouna abrite la plus petite Réserve indienne du Canada. La Nation malécite de Viger y a son centre administratif. Une boutique d'artisanat a été aménagée à même la seule petite maison de la Réserve à y avoir été habitée.
Jusqu'à l'été 2006, les Malécites assuraient un service de visites guidées dans les sentiers de Gros-Cacouna. Des différends à l'intérieur de cette communauté compliquent présentement leurs opérations habituelles.
Dès que la situation sera rétablie, une collaboration accrue pourra être établie avec la Nation Malécite pour qu'elle soit partie prenante dans cet effort de sensibilisation et d'éducation à la richesse de notre histoire et à la protection de notre environnement.
Des traces subsistent également de l'utilisation du territoire par divers individus ou groupes amérindiens. Une première fouille dans une grotte située dans les falaises ouest de Gros-Cacouna en 2006 a permis de mettre à jour plusieurs tessons de poteries datant d'avant l'arrivée des Européens sur le continent. Un dessin d'art rupestre, découvert dans le même lieu, est présentement en analyse pour datation au carbone 14.
La localisation naturelle privilégiée de la presqu'île de Gros-Cacouna a dû permettre à nombre d'individus ou groupes nomades autochtones d'y trouver abri, nourriture, point de guet et de communication. La grande falaise voisine de la grotte (où niche la colonie de guillemots) agit comme une coupole de résonnance et peut porter l'écho de la voix ou d'un instrument sonore loin sur le fleuve, voire jusqu'à la rive opposée (Tadoussac). 4- CACOUNA: PLACE D'EAU RÉPUTÉE DU SIÈCLE PASSÉ
L'histoire de Cacouna a connu une période de grande renommée. Vers 1850, Cacouna devient la station balnéaire la plus courue par l'élite de la haute société du Canada. Plusieurs familles anglaises fortunées y construisent de superbes villas. Hôtels, maisons de pension y fleurissent.
Deux circuits patrimoniaux, développés en 1994, permettent de découvrir le riche patrimoine bâti qui subsiste encore à Cacouna, témoin d'une époque où Anglais (Irlandais, Écossais, Britanniques, Américains) et Français, presbytériens, anglicans et catholiques, avaient appris à vivre en harmonie, dans le respect des cultures.
5- CACOUNA: LIEU D'INSPIRATION ÉPROUVÉ
De ses 6 ans à ses 18 ans (1886-1898), le poète canadien Émile Nelligan passe ses étés avec sa famille à Cacouna.
Comme son oeuvre maîtresse s'est construite entre ses 16 ans et ses 19 ans (âge auquel il fut interné), ses poèmes regorgent d'images et de sensations vécues sur les rivages, dans les champs et les boisés de Cacouna. Avant de sombrer, le Vaisseau d'Or a maintes fois jeté l'ancre au large de Cacouna...
Un livre abondamment illustré, Nelligan à Cacouna (Éditions EPIK 2004), auquel a collaboré le biographe et spécialiste du poète, monsieur Paul Wyczynski, permet au lecteur- visiteur de s’engager sur la piste de Nelligan et de retrouver les lieux qui ont marqué le jeune poète et inspiré son œuvre.
Là donc, oiseaux sauvages, contre tous les ravages, vous aurez vos rivages et vos abris. (...) Sûrs vous pourrez y vivre, sans peur des soirs de givre… (Les petits oiseaux, Émile Nelligan)
6- CACOUNA: TERRE DE LÉGENDES
Avant les travaux de dynamitage du port de mer (années 60), plusieurs croix de bois étaient encore visibles sur la pointe ouest de la presqu'île de Gros-Cacouna.
Selon la tradition orale, les premiers habitants de Cacouna, établis au nord-est de la presqu'île, ont enterré sur l'île plusieurs corps repêchés sur la plage, à la suite de naufrages ou victimes d'épidémies.
Cette même tradition raconte bien d'autres histoires où se mêlent cargaisons de ‘miquelon’, contrebande, alambics, pirates, et quoi encore...
AU PÔLE DE DÉCOUVERTE DE CACOUNA, LE VISITEUR DÉCOUVRIRA DONC COMMENT LA NATURE MARITIME A FAÇONNÉ L'HISTOIRE LOCALE.
Ses anses, ses marées, ses falaises, la richesse de sa vie marine ont offert aux premiers occupants abri et nourriture. La qualité de son air iodée, de son eau salée et de ses plages ont attiré visiteurs et familles aisées.
Ses marais salés intertidaux, la variété de ses habitats, la géologie de ses fonds marins fournissent le support et favorisent le développement d'une multitude d'espèces. Site ornithologique, sentiers de randonnée, panneaux d'interprétation, circuits patrimoniaux, exposition portative, dossiers historiques, documents-guides (dépliants et livres: Guide d'interprétation du patrimoine culturel (été 2008), publication Nelligan à Cacouna (2004), site internet actualisé (autogéré) journalepik.com (printemps 2008), sont autant de réalisations et d'outils déjà en place qui démontrent le potentiel incontestable de découvertes que Cacouna peut offrir. ONDINE est fin prête à faire le pont entre le Parc Marin SSL et Cacouna... ------------------------------------ Yvan Roy, 18 mars 2008 245 Principale Ouest, Cacouna, G0L 1G0 - epik@sympatico.ca - 418-862-3061
NOTE: Pour une version intégrale avec images de ce mémoire, téléchargez le pdf présenté en FICHIER COMPLÉMENTAIRE
Fichier complémentaire
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